Tasse et sa soucoupe à décor d’un portrait, Hervouët

• Fin XVIIIe / Début XIXe

• H / D : 6,8cm / 12,4cm

• Inv. GD291

Tasse et sa soucoupe en porcelaine figurant un portrait d’homme peint dans un médaillon.


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES :

Cet ensemble n’est pas reproduit dans l’ouvrage, La porcelaine des Compagnie des Indes à décor occidental, F. et N. Hervouët, Y. Bruneau, 1986. Néanmoins, il apparait bien dans une des ventes de la collection Hervouët, celle ayant eu lieu à Morlaix, le 27 mars 1989 sous le numéro 94 et reproduit à la page 20. Le catalogue mentionne “Rare tasse et soucoupe représentant en médaillon le portrait d’un homme. Époque fin XVIIIe.”

S’il n’est fait référence d’aucune attribution quant à l’identité de ce personnage, nous prenons ici la liberté d’essayer de l’identifier. D’une part la porcelaine est indéniablement, tant par sa forme que sa fabrication, une production datant à quelques années près de 1790-1810.

L’homme représenté porte un vêtement de velours vert foncé, ainsi qu’une écharpe bleue, il porte également en pendant sur son épaule gauche une médaille qui semble prendre la forme d’une étoile. Cet ensemble fait indéniablement allusion à l’Ordre de Saint-André. Cet homme a également une coiffure singulière, et une taille de barbe caractéristique. Il faut également prendre en compte les broderies sur son col. Il pourrait s’agir, du moins c’est à ce personnage que nous attribuerions l’identité du portrait, d’Alexandre Ier (1777-1825), le Tsar, également roi de Pologne et Grand Duc de Finlande.

Si la source exacte ayant inspiré ce portrait n’est pas définie, plusieurs portraits d’Alexandre 1er, contemporain de cette porcelaine, sont à mettre en correspondance avec ce dessin, dépeignant le jeune Empereur avec cet uniforme et cette coiffure assez caractéristique. Les représentations du tsar Alexandre Ier évolueront néanmoins.

Des représentations de l’Empereur Alexandre Ier ont donc forcément inspiré ce médaillon peint en Chine. On peut citer notamment une gravure de Clément du Brusle faisant partie du Musée de l’Hermitage à Saint Petersbourg, sous le numéro ЭРГ-12094 (troisième tirage), ЭРГ-12061 (deuxième tirage) dépeignant le tsar sous cet angle.

On peut également citer une gravure de Henri Buguet d’après un tableau de Marie-Louise-Elisabeth Vigée Le Brun détenue au musée de l’Hermitage et datée vers 1805, sous le numéro ЭРГ-11923 qui illustre l’Empereur de la sorte.

Il existe également des miniatures d’Alexandre Ier sous un profil identique, notamment une, peinte par Domenico Bossi (Italie, 1765-1853), et datée 1804 vendue chez Christies à Londres le 26 novembre 2014, sous le lot 301, dans la vente “Centuries of Style: Silver, European Ceramics, Portrait Miniatures and Gold Boxes”. Domenico Bossi a peint plusieurs miniatures d’Alexandre Ier sous des angles différents. Une autre également est intéressante, peinte sous le même profil, elle orne une tabatière du maître orfèvre de St Petersbourg de 1797 à 1809, Otto Samuel Keibel, et vendue à l’Hotel des ventes de Genève le 9 décembre 2013 sous le lot 176. Une autre enfin présentant également une miniature d’Alexandre Ier sous un angle différent de notre portrait est détenue par le Victoria and Albert Museum sous le numéro 442-2008. Plusieurs miniaturistes ont peint ce sujet mais c’est Bossi qui reste le plus illustre, et qui a peint ce sujet de nombreuses fois, autour de 1803-1804.

S’il est compliqué d’identifier la source exacte de la peinture représentée sur ce médaillon, elle est probablement inspirée d’une de ces gravures ou miniatures.

Nous peinons néanmoins à donner une explication quant à la présence d’Alexandre Ier sur une porcelaine de la Compagnie des Indes. Les commandes russes sont rares et les commandes notables sont les commandes armoriées. Trois commandes en particulier sont connues, notamment une paire de pots d’apothicaire d’époque Kangxi destinée à Pierre le Grand, Pierre Ier de Russie (1672-1725), un ensemble de plats d’époque Qianlong destinées à Elisabeth Iere de Russie (1709-1762), et enfin un service de table d’époque Qianlong commandée par Catherine II de Russie (1729-1796). Il est peu probable que l’ensemble que nous présentons ait été une commande destinée à l’export russe.

Une autre explication est envisageable, c’est celle d’une commande française ou européenne à titre d’hommage au tsar ou du moins à la paix entre le Tsar et l’Empereur Napoléon Ier.

Elle pourrait avoir eu lieu vers 1807, date où Alexandre Ier après une défaite contre Napoléon, signe le traité de Tilsit et devient l’allié de la France. La paix de Tilsit a entrainé l’échange entre l’Empereur Napoléon et le Tsar Alexandre Ier de leur ordre, respectivement, la légion d’honneur et l’Ordre de Saint-André. Par ailleurs, dans les années qui suivirent son avènement en 1801, Alexandre Ier commença, comme Catherine II avant lui, à acquérir des œuvres de peintres russes et occidentaux, essentiellement auprès de collectionneurs privés. Les relations diplomatiques tendues rendaient en effet difficile l’accès au principal marché de l’art, la France. Mais après la paix de Tilsitt en 1807 les relations d’Alexandre Ier et de Napoléon s’apaisèrent et des liens artistiques purent s’instaurer donc un parallèle pourrait être fait.

À titre d’aparté, le tableau Adieu de Napoléon et d’Alexandre après la paix de Tilsit peint par Gioacchino Serangeli, en 1810, conservé au Musée de l’histoire de France à Versailles, sous le numéro MV 1557, présente Napoléon portant cette écharpe bleue de l’Ordre de Saint André.


PROVENANCE :

Collection F. et N. Hervouët

– Dupont et Associés, Morlaix, 27 mars 1989, lot 94

– Collection privée française


VENDU

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